une jeune femme en robe rouge tient une fleur jaune dans les mains symbole de joie

Résister grâce à la joie

Ces dernières années, sur les réseaux sociaux et dans les podcasts féministes, l’idée suivante resurgit : la joie est une force de résistance. Alors que l’anxiété rôde, attisée par le climat politique et le climat tout court, déclarer la joie comme acte de résistance est étonnant, presqu’ anachronique. Mais aussi terriblement enthousiasmant… L’autrice Laure Limongi expliquait dans le podcast Assez Parlé : « La joie c’est la réponse à la dictature qui est tellement triste. Tant que la musique est là, tant que la joie est là, la dictature a perdu ». Laure Limongi faisait écho aux propos du philosophe Gilles Deleuze qui en commentant Spinoza aurait dit :

Le pouvoir a besoin de tristesse parce qu’il peut la dominer. La joie, par conséquent, est résistance, parce qu’elle n’abandonne pas. La joie en tant que puissance de vie, nous emmène dans des endroits où la tristesse ne nous mènerait jamais.

Et c’est vrai qu’une certaine forme de déprime triste fait de nous des êtres manipulables. À l’autre bout du spectre des émotions, il y a la joie qui est puissance de vie et de résistance. Mais de quelle joie parlons-nous ?

Dans son roman « L’art de la joie » l’écrivaine italienne Goliarda Sapienza décrit admirablement le parcours libre de son héroïne Modesta. Cette petite fille pauvre et maltraitée n’abandonnera jamais la vie en elle. Au contraire, elle se tourne sans cesse vers ce qui peut la faire grandir, mûrir puis vieillir. Elle contemple ce qui l’élève sensoriellement et spirituellement. Malgré les circonstances extrêmement difficiles qu’elle traverse, Modesta reste fidèle à une puissance, une énergie, un élan vital que Sapienza appelle la joie.

C’est bien de cela qu’il s’agit quand il est question de résistance : une joie profonde, qui éclôt par delà les contingences.

Où débusquer cette joie par temps sombre ?

Comment retrouver cette joie ? Peut-être en emprûntant le chemin que Goliarda Sapienza fait parcourir à son héroïne : en regardant du côté de notre enfance.

Ce chemin nous pouvons le parcourir, que notre enfance ait été douloureuse ou qu’elle se soit montrée plus heureuse. Car l’esprit d’enfance est aussi l’esprit d’éveil. Un esprit dont on ne peut pas arracher les racines profondément spirituelles : cet émerveillement devant le monde, cette soif d’apprendre. Cette joie de découvrir, de goûter, d’expérimenter.

Si nous avons connu des moments heureux dans notre jeunesse, nous pouvons aller y puiser un élan de joie en nous remémorant très précisément les sensations d’alors. C’est l’objet de méditations guidées précises.

Mais le plus incroyable est que si nous n’avons engrangé que des souvenirs malheureux, voire traumatisants, l’adulte que nous sommes devenue peut opérer un mouvement de transformation de cette souffrance. Avec ses ressources d’aujourd’hui, l’adulte peut réparer l’enfance en nous. C’est l’objet d’autres méditations guidées qui nous apprennent à sécuriser ces zones plus obscures de nos jeunes années. À mesure que nous comprenons notre souffrance, c’est-à-dire à mesure que nous la prenons avec soin et délicatesse, nous pouvons développer amour et joie.

Cette joie est ainsi le fruit de notre propre capacité à porter attention à ce qui est heureux comme à ce qui est blessé en nous.

Apprivoiser la souffrance de l’enfant en nous

« La souffrance est notre véritable maître », cette phrase je l’ai lue il y a une douzaine d’années chez Thich Nhat Hanh, et je dois dire qu’au départ elle m’a carrément choquée…

Thich Nhat Hanh, maître spirituel vietnamien qui a travaillé en profondeur sur l’enfant intérieur, enseigne que nous avons tendance à fuir la souffrance et à privilégier la recherche du plaisir (deux réflexes humains assez naturels et très répandus). Or, nous dit-il, il est essentiel d’apprendre à notre mental que notre souffrance peut parfois être bénéfique. « Nous pouvons même parler de bonté de la souffrance, car c’est elle qui nous montre comment approfondir notre compréhension, celle-là même qui permettra à l’acceptation et à l’amour de s’épanouir. [1]» Thich Nhat Hanh démontre en effet que notre propre souffrance nous met en lien avec celles des autres. Elle est ainsi à l’origine de notre compassion qui est cette intelligence faite d’acceptation et d’amour. Et plus loin d’ajouter « chacun devrait être capable d’examiner sa souffrance en profondeur, de l’entourer de tendresse et d’écouter ce qu’elle peut nous enseigner ».

Il ne s’agit nullement de rechercher la souffrance ou de devenir masochiste. Il s’agit de découvrir qu’il est possible d’accueillir les douleurs passées et présentes qui peuvent arriver. Car pour Thich Nhat Hanh, en accueillant cette souffrance non seulement son intensité s’amoindrit, mais d’elle « pourra éclore la belle fleur du bonheur[2]». En le paraphrasant nous pourrions écrire « la belle fleur de la joie ».

Inviter l’enfant à s’asseoir avec nous

La méthode qui s’offre à nous est de « prendre soin des afflictions qui nous accompagnent depuis notre plus tendre enfance est de les inviter délibérément à monter dans notre conscience mentale [3]». Nous pouvons en effet inviter la tristesse, le désespoir, les regrets, « et simplement nous asseoir pour bavarder avec elles, comme avec de vieux amis, en prenant soin tout d’abord d’allumer notre lampe de pleine conscience ». Et c’est là que peut apparaître une joie. Cette joie profonde qui vient de la reconnaissance, non pas que tout va bien, mais que nous sommes vivants, vivantes, pleines de ressources et tout à fait capable de dialoguer avec les différentes parts de nous-mêmes.

Il est très important de comprendre que c’est parce qu’elle est indépendante des circonstances que la joie nous permet de retrouver notre puissance de vivre, notre puissance d’agir. La puissance de résister à ce qui ne nous convient pas.

Un aller-retour vertueux entre passé et présent

Travailler sur notre passé, l’examiner avec douceur, le prendre tendrement dans nos bras, nous permet de raviver les éclats de rire ou d’apaiser les brûlures.

Quand nous y avons été heureuses, un peu, beaucoup ou passionnément, l’enfance est la source d’une joie à laquelle nous pouvons nous abreuver. Mais l’enfance est aussi source d’intelligence par ses aspects plus sombres, car elle nous entraîne à devenir l’adulte capable de soigner les blessures en nous.

L’esprit plus clair, nous pouvons mieux résister.

Un week-end pour retrouver la joie de l’enfance

Ces approches correspondent à des processus méditatifs précis qui font l’objet de guidances et d’accompagnements. C’est ce que je partagerai lors du week-end Le Jardin de l’Enfance, au mois d’octobre prochain. Il reste encore deux places et je serai très heureuse de vous y retrouver. Laissez-moi un commentaire pour recevoir les informations détaillées.


[1] Prendre soin de l’enfant intérieur, Belfond, 2014

[2] ibid

[3] ibid

Photo : Sununy

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