ecovillage Mura et cueillette de myoga

Pour la rentrée, je suis allée cueillir du myoga !

Je ne vais plus à l’école depuis un moment… Et pourtant j’ai encore ce pincement au cœur quand arrive la semaine de la rentrée. Une inquiétude sourde me murmure que je dois recommencer à être sérieuse, efficace, au garde-à-vous. Qu’il est temps de laisser tomber l’été pour reprendre un rythme cadencé, un emploi du temps chargé.

Le sentiment de liberté estivale s’évanouit pour faire place à l’obligation d’une organisation millimétrée…

Une expérience enchantée

Alors, pour le dernier jour d’août, plutôt que de céder à la déprime, j’ai fait quelque chose qui a entièrement changé la tonalité de ma rentrée : je suis allée à une cueillette de myoga. Sur l’idée d’une amie chère, je me suis rendue dans un ecovillage japonais, à une heure de Paris, pour découvrir, cueillir, laver et goûter ce petit légume japonais dont je n’avais jamais entendu parler. L’expérience s’est révélée merveilleuse.

Dès que je franchis le portillon de bois et de bambou du Mura Village, je sens l’atmosphère changer. Alors que je venais de traverser des kilomètres de champs arides et de campagne brûlée par la sécheresse de cet été 2026, ici j’entends l’eau du ruisseau, je sens le souffle du vent qui traverse les arbres nombreux, mes yeux se régalent de la lumineuse couleur des fleurs de courge, des fruits rouges, des aubergines violettes et des concombres vert vif.

Résister à la morosité

Maki, la propriétaire de cet ancien haras acheté il y a cinq ans, a patiemment créé un havre, un îlot de bien-être comme un acte de résistance à la morosité – voire à la dépression – ambiante. Pourtant, il ne s’agit pas d’un paradis rêvé : tout y est simple, ordinaire, accessible. Mais l’espace est arrangé avec tant de soin que l’on s’y sent tout de suite à l’aise. Maki nous invite tout d’abord à une promenade dans les lieux jusqu’à parvenir au sujet du jour, le myoga. Le ruisseau qui borde le terrain a en effet permis la plantation d’un modeste mais prolifique champs de ce petit légume appelé aussi gingembre japonais.

Les plants présentent de grandes feuilles vertes généreuses qui montent à plus d’un mètre de haut. Ce sont les jeunes boutons floraux que l’on récolte, alors qu’ils sortent à peine de terre. Au début, je me penche dans cette mini jungle pour me mettre à hauteur du sol et je ne vois rien. Il faut un moment pour que je m’habitue à la pénombre. L’atmosphère sous les feuilles est particulière. Au bout de quelques minutes j’entre dans un autre monde, secret, humide, calme. Et même temps, pleinement vivant. Je dois passer la main sur la terre pour sentir une pointe de bouton dépasser. Je commence à les distinguer : un, deux, trois boutons que je peux extraire à la main ou en m’aidant d’un petit outil.

Quand l’adulte devient un enfant émerveillé

Nous sommes aujourd’hui une vingtaine d’adultes réunis pour cette cueillette et quand je lève la tête je découvre non des adultes sérieux mais des enfants émerveillés, tellement heureux de gratter à la recherche de trésors enfouis. Chacune, chacun, remplit son petit panier plat des beaux fruits de sa cueillette.

Fruits que nous allons ensuite laver au ruisseau. Le plaisir oublié de l’eau glacée ressurgit sur mes mains et s’accompagne de la nostalgie d’un geste ancestral : nettoyer dans le courant clair ce qui doit être partagé.

Entrer en contact avec la terre nourricière

Depuis je ne cesse de penser à ce dimanche. Il a réveillé en moi une joie enfantine. Cette profonde bonne humeur qui vient quand vous avez le sentiment de faire partie du monde. Quand la nature vous accueille. Alors vous ne vous sentez plus séparée des couleurs, des parfums, de la rosée, du picotement des herbes et du bourdonnement des insectes. La pluie irrigue votre cœur ou que le soleil réchauffe votre peau.

De vos mains, très simplement, vous entrez en contact avec la terre nourricière.

Le parfum des herbes

Dans l’ouvrage La Terre est ma Demeure, le maître spirituel Thich Nhat Hahn raconte un épisode bouleversant pendant la guerre du Vietnam. Les bombes tombent, les gens meurent chaque jour et, raconte Thich Nhat Hahn, « mon esprit était complètement focalisé sur ce qu’il fallait faire pour arrêter la guerre, les massacres et les souffrances et j’étais persuadé que je n’avais pas le temps d’entrer en contact avec les merveilles de la vie, sources de fraîcheur et de guérison. À cause de cette croyance, je ne recevais pas la nourriture dont j’avais besoin. Un jour, une de mes étudiantes vint m’assister dans ce travail. Elle avait préparé un panier de fines herbes parfumées, un assortiment d’herbes aromatiques que nous mangions à tous les repas au Vietnam. Je m’émerveillai devant leur beauté et leur arôme. Savourer cette simple assiette de fines herbes suffit à me ressourcer.

Je pensais ne pas avoir le temps de remarquer ce qui est beau et bon, comme les fines herbes, mais à cet instant-là je compris que j’avais besoin de vivre, d’entrer en contact avec les éléments rafraichissants et porteurs de guérison en moi et autour de moi. 

Faire résonner la vie en soi

Cette rencontre simple avec des herbes parfumées qui, au cœur de la guerre, sauvent Thich Nhat Hahn, me rappelle les expériences thérapeutiques auprès de patient·es en stress post-traumatiques : celles de cultiver un bout de jardin ou de prendre soin d’une plante fleurie. Loin d’être futile, une telle occupation reconnecte au vivant autour de soi autant qu’elle fait résonner le vivant en soi. Cette attention redonne une forme de confiance en la vie qui se manifeste là. Une force d’agir aussi.

Prendre soin d’une plante, l’observer, la voir croître, procure un sentiment d’accomplissement, voire une raison d’être.

Des enfants jardiniers

Dans son Traité du Jardin Punk, Éric Lenoir écrit

L’un des avantages de l’enfance est de savoir s’affranchir des contraintes d’échelle, d’être capable de créer la plus grande des aventures dans un mouchoir de poche.

Ce dernier dimanche d’août, la cueillette du myoga, mains dans la terre, pieds dans la rivière, ont fait de nous des enfants jardiniers, de nouveau prêts pour la grande aventure de la vie, quelle que soit la manière dont la rentrée nous affecte.


Du 9 au 11 octobre 2026, j’enseigne un week-end de méditation, Le Jardin de l’Enfance, dans un joli domaine à une heure de Paris. Il y sera question de soin, d’enfant intérieur, de bienveillance. Nous évoquerons le travail de Lytta Basset, de Thich Nhat Hahn, de Mona Chollet ou encore celui de Gloria Steinem. J’y transmettrai de nouvelles méditations guidées.

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4 réflexions sur “Pour la rentrée, je suis allée cueillir du myoga !”

  1. C’est la première fois que j’entends parler du myoga, merci Marie-Laurence pour ce partage tout en sensation, c’est délicieux !
    A bientôt
    Véronique

    1. Marie-Laurence Cattoire

      Pour moi aussi c’était une première, j’ai découvert depuis un petit légume frais très agréable. À bientôt pour d’autres douceurs (je te dois une réponse pour décembre que je vais t’envoyer par mail;)

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