Je m’apprête à guider une méditation de bienveillance auprès d’un petit groupe de femmes. Nous sommes le 23 juin, début de soirée. Il fait près de 40° à Paris et les températures sont excessives partout en France. Chacune a son verre d’eau à portée de main, un éventail et pas mal de courage. Je décide de prendre comme point de départ à la pratique cette chaleur envahissante. L’idée est de nous remémorer un souvenir où nous avons eu chaud, très chaud comme aujourd’hui. Puis de le rendre de plus en plus présent, de plus en plus précis.
Quand je dirige une méditation guidée j’aime beaucoup, dans la mesure du possible, la pratiquer en même temps. J’aime suivre les consignes à mesure que je les donne. Je plonge donc moi aussi dans mes souvenirs.
Chaleur, canicule, sécheresse… à quoi cette atmosphère me ramène-t-elle ? Quels sont les mémoires réelles ou imaginaires que je peux laisser remonter à ma conscience ?
La sécheresse de 1976
Été 1976 en Périgord. Je suis une petite fille assise dans l’encadrement de la fenêtre de ma chambre. La pierre calcaire est brûlante. Toutefois, un carré d’ombre portée habille ma tête et mon buste. Mes jambes elles s’abandonnent au soleil. C’est la sécheresse. Elle est historique. Tout le monde en parle, mes parents, les journaux, les commerçants du petit village où nous allons faire les courses.
Face à moi, les collines sont asséchées, l’herbe crie, les bêtes, moutons, brebis, chèvres, coq, poules, chiens sont planqués sous les arbres qui tiennent debout, nos sauveurs. La lumière est crue, radioactive avant l’heure. Tout semble figé.
La méditation m’invite alors à d’observer mes sensations. Autrement dit puis-je, pendant quelques instants, cesser la lutte contre la chaleur (celle d’hier comme celle d’aujourd’hui) et en goûter la résonance physique ?
Méditer pour cesser la lutte épuisante
Ce que je sens c’est la mollesse. Une étonnante mollesse attendrit le corps musclé du garçon manqué que j’étais alors. La sensation de chaleur me contraint à ralentir moi qui, enfant, ne peut m’empêcher de courir partout. Et la sueur qui humidifie ma peau irrigue suffisamment mon cœur pour me mettre en relation avec mes brebis qui souffrent, avec le grésillement doux des moucherons, des moustiques et des abeilles qui ne savent plus où donner de la tête. J’ai l’impression que cette chaleur rend tout plus net, plus précis, plus fragile mais plus tangible aussi.
Et soudain, la chaleur se transforme. Elle n’est plus seulement une lourde chape, mais une ouverture vers un monde étrange, coloré par les nappes d’air chaud qui ne parviennent pas à masquer l’immense cerisier qui déborde de fruits mûrs que j’irai croquer plus tard. La langueur qui imprègne ma vie et ses alentours me dit : « Arrête-toi. Contemple. Prend soin sans rien faire. Juste en prenant ta place dans ce qui est là. »
Je goûte à sa juste valeur le droit de rester inactive, stoïque. Et c’est bon.
Un chemin balisé vers l’enfance
Chaque perle de sueur est pareil à un petit cailloux blanc qui me ramène à l’enfance. Je m’abandonne à la situation et cela me soulage profondément. Avec curiosité, je navigue entre mon enfance de 1976 et cet été 2026, dans un mouvement de va et vient immobile. Portée par des flots d’amour invisible mais complètement présents, je me sens totalement détendue.
À la fin de la pratique, chacune prend la parole pour partager son expérience. Je ne suis pas la seule à en ressortir apaisée. Notre harassement face à la chaleur s’est transformé en occasion de revisiter l’incandescence de notre cœur.
Le pain des anges
Je repense à Patti Smith dont la lecture des mémoires m’a tellement enchantée. Elle y parle de son enfance de manière magique. Cette grande dame qui va fêter ses 80 ans cette année, écrit en fin d’ouvrage :
« Comment rebondir ? Tu te redresses, tu attrapes un panier pour ramasser les débris, physiques et affectifs, tu les écrases afin d’obtenir des petits cailloux que tu réduis ensuite en poudre. À mesure que la poussière retombe, tu danses dessus. Comment fais-tu ? En revenant à l’enfant qui est en toi, en surmontant les obstacles avec confiance. Car les enfants agissent dans un perpétuel présent ; ils avancent, rebâtissent leurs châteaux, lâchent plâtre et béquilles et recommencent à marcher. »
Car les enfants agissent dans un perpétuel présent ; ils avancent, rebâtissent leurs châteaux, lâchent plâtre et béquilles et recommencent à marcher.
Je propose un atelier par mois autour de la bienveillance, ➜ Le Lien du Cœur. Ça dure un peu plus d’une heure et c’est gratuit. Écrivez « bienveillance » en commentaire si vous voulez rejoindre la mailing list.
➜ Week-end de méditations et d’enseignements, Le Jardin de l’enfance. Je suis convaincue, pour l’avoir expérimenter moi-même, que nous pouvons trouver force et vigueur auprès de notre enfant intérieur, « l’enfant qui est en toi » dont parle Patti Smith. C’est précisément ce que je vous propose de faire avec moi lors d’un week-end de méditation et d’enseignement du 9 au 11 octobre 2026. Laissez-moi un message en commentaire pour recevoir les informations pratiques.
Image d’ouverture : Pierre Bonnard, La Petite Fille au chien



