un vol de mouettes dans un ciel gris bleu

La nostalgie et le chant des mouettes

Le goût de la nostalgie me sauve du ressentiment et des regrets. Car la nostalgie attendrit le regard que je peux porter sur mon histoire. Exactement comme agit une photo ancienne, une image légèrement voilée qui possède le pouvoir magique d’adoucir les souvenirs.

Le goût de la colère

Quand surgit en moi la colère de ce que j’ai raté, de ce qui m’a humiliée ou meurtrie, de l’incompréhension dont j’ai fait preuve souvent et dont j’ai été victime aussi, tous ces regrets passent au travers du tamis de la nostalgie. Je comprends que cette fureur était ma vie. Et parce que cette vie s’inscrivait dans ma chair, c’était bon, c’était réel, c’était moi. La nostalgie rend doux les moments durs. Elle rend mon histoire plus sensible et moins grossière. Elle est comme un onguent qui répare les fautes commises, les fautes subies. Elle les transforme en expériences aux couleurs suffisamment fanées pour devenir insaisissables, impossibles à reproduire et pour cela irremplaçables.

Ma vie est irremplaçable, exactement telle que je l’ai vécue. Alors la nostalgie, entre mes lèvres, m’apporte un grand merci.

Le chant du monde

Le chant des oiseaux est probablement la musique qui me met le plus facilement en rapport avec la nostalgie. Même quand ce ne sont que quelques échos qui parviennent à mes oreilles à travers le vacarme du monde. Leur portée poétique est telle que les bribes de chants sont suffisantes pour que les oiseaux gagnent. Ils resteront jusqu’au bout dans ma mémoire : les rouges-gorges, les merles moqueurs, les mésanges, les pinsons des arbres, les grives musiciennes, les tourterelles turques, les pics verts, les chardonnerets, les oies sauvages. Et les mouettes au-dessus de la Seine. Leurs chants, leur rires, le souffle de leurs ailes sur le monde, témoignent d’une harmonie native avec les éléments. Ces chanteurs du vivant agrandissent mon espace de vie. Ils me donnent la nostalgie d’une époque que je n’ai pas connue et qui est pourtant gravée dans ces cellules archaïques qui constituent mon corps.

La nostalgie comme un voyage

La nostalgie devient ainsi le plus puissant et le plus rapide des véhicules pour me faire voyager vers un temps où dominer l’autre n’était pas un graal. Où l’exploitation de l’homme par l’homme n’avait aucun sens. Où les savoirs étaient mis au service de l’existence et non de la destruction. Où l’on écoutait les oiseaux pour entendre la vérité. Un temps où il n’était pas nécessaire de clamer qu’un paradis nous attendait dans l’au-delà pour nous aider à supporter l’injustice, le malheur et l’oppression.

Un temps où le sol sous nos pieds était un jardin fertile, et où dieu avait un visage de femme.


En 2026, j’enseigne des week-ends de méditation. Une belle manière de faire éclore les souvenirs précieux que nous gardons en nous. Laissez-moi un commentaire si vous souhaitez recevoir des informations.

Photo de couverture : Dzenina Lukac


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