un groupe de jeunes danseurs de malambo. Ils sont beaux, ils ne font pas la guerre.

Les êtres humains sont si beaux quand ils ne font pas la guerre

Soudain hier, dans la cuisine, je suis attirée par la musique ou plutôt par les percussions. Mon ami regarde une vidéo sur Youtube, une danse argentine. D’abord huit femmes sur scène, en robes multicolores, se mettent à frapper leur tambour. Une à une puis ensemble, elles créent un rythme hypnotique. C’est une splendeur de précision et de puissance. Puis entrent en scène huit hommes qui vont entamer, au rythme des femmes, une danse virtuose venue des plaines de la pampa : le malambo. Le claquement de leurs talons répond aux grondements des tambours. Les pantalons larges et bouffants flottent dans l’air autant que les jambes s’ancrent avec énergie dans le sol. Les hommes tournoient, les femmes donnent la cadence. Sans compétition, les unes se mettent au service des autres, les autres se mettent au service des unes, dans une parfaite synchronicité. Dans la jubilation d’être là ensemble, en harmonie.

Je regarde l’écran, ébahie. Mon cœur fait des bonds. Et je pense : qu’ils sont beaux les êtres humains quand ils ne font pas la guerre.

La vie est surprise

Pourquoi, alors que nous aspirons à l’harmonie, nous retrouvons-nous si souvent au milieu d’un conflit ? Certainement parce qu’il est plus facile de juger et d’être en opposition, que de rester pacifique. Je veux dire que la réponse spontanée à nos peurs – la peur de l’autre, de l’inconnu – consiste plus aisément en un rejet qu’en une ouverture. Certes, on rêverait de n’être qu’accueil et amour. Mais il suffit qu’un incident vienne nous contrarier et nous nous transformons en boule de nerfs. Une parole malheureuse nous est adressée et on en fait un drame. Une mauvaise nouvelle arrive et c’est un sentiment de colère qui nous envahit. Il réside là « l’autre » menaçant, dans cet imprévu qui quotidiennement peut surgir.

La vie n’est pas prévisible. Les autres ne sont pas prévisibles. Nous-mêmes ne le sommes pas vraiment. Mais plutôt que de voir ce phénomène comme une circonstance propre à tout existence, nous considérons chaque imprévu comme un danger potentiel. Alors nous nous défendons, voire nous attaquons. Oubliant qu’une concordance est toujours possible avec ce que nous traversons.

L’harmonie se travaille

L’harmonie est plus facile à oublier qu’à trouver. Mais elle se travaille comme une danse de malambo. C’est exigeant, il faut des heures d’entrainement. Pourtant, à un moment donné, nous sentons que nous avons suffisamment pratiqué. Alors nous reprenons confiance. Par exemple, nous devenons capable d’entendre l’autre sans nous sentir agressée personnellement pas ses idées tellement différentes. Nous pouvons englober des avis qui ne sont pas les nôtres, les examiner et voir s’ils peuvent nourrir un débat plus large. Nous avons moins peur de l’inconnu, de l’imprévu. Nous découvrons que nous pouvons écouter le rythme de la vie autour de nous, probablement différent de notre cadence personnelle, et nous commençons à danser, sans drame. Nous nous synchronisons à la réalité.

Cela pourrait être une définition de la méditation d’ailleurs : apprendre à coïncider avec le réel. Avec de l’entrainement, mais sans violence.

La paix se gagne dans le quotidien

Si je vous parle de tout cela, c’est qu’il me semble que la paix se gagne petit à petit dans nos attitudes quotidiennes. Sommes-nous capables de ne plus réagir de manière infantile à chaque fois que quelque chose va de travers ? Notre état d’esprit nous permet-il de dialoguer avec quelqu’un que nous n’apprécions pas ? Sommes-nous en mesure de respecter ce qui ne nous ressemble pas ?

Et surtout, surtout, sommes-nous prêts et prêtes à cesser la guerre contre nous-même ? Cette petite guerre cruelle et soigneusement cachée – parfois même inconsciente – que nous menons contre tout ce qui nous afflige en nous ? Et dont il est plus facile de rejeter la responsabilité sur l’autre…

Là prend racine notre agression. Là prennent racine tant de conflits. Le cessez-le-feu est donc urgent.

La peur se transforme en démon

Car les peurs que nous portons en nous, à commencer par celle de nous sentir illégitimes, si elles ne sont pas accueillies, se transforment peu à peu en démons envahissants. Elles colonisent notre corps et notre esprit. Elles nous font perdre notre clarté d’esprit et transforment notre entourage en un univers hostile. Il existe des outils pour entamer un dialogue avec ces peurs, pas pour nous en débarrasser mais pour les transmuter. Cela ne passe plus par la lutte ou par l’ignorance mais au contraire par une écoute intelligente de ce que ces peurs peuvent nous apprendre sur nous, sur notre histoire. Et sur nos forces aussi.

La politique sombre chaque jour un peu plus dans la peur. Les chefs d’état qui régissent le monde semblent être manipulés par leur propre terreur de la vie. Ils fantasment des menaces contre lesquelles ils luttent aveuglément. Convaincus d’être entourés d’ennemis, ils mènent des batailles racistes, fascistes, sexistes qui les rendent inhumains. Nous ne pourrions que trop leur conseiller d’avoir le courage de regarder leurs démons en face au lieu de les projeter sur les autres.

Entrer dans la danse

Et pourtant, il y a tant de paix à découvrir sur le visage des gens. Les êtres humains sont si beaux quand ils ne font pas la guerre. Ils sont capables de tant de merveilles. Ils ont su développer tant d’art : celui d’aimer, d’écrire, de vivre, de cuisiner, de se mettre à l’écoute, d’aider, de soigner. Toutes ces forces de vie que les hommes et les femmes ont su déployer sont absolument là, disponibles, n’attendant que nous. Écrivons, prenons soin, peignons et dessinons, nourrissons, chérissons, votons, apprenons, chantons ensemble. N’ayons plus si peur.

Entrons dans la danse de l’existence en accueillant nos limites et nos différences. La chorégraphie n’en sera que plus belle.


J’enseigne deux week-ends de méditation en mai (complet) et juillet prochains. Je transmettrai une pratique qui permet d’apaiser et de transformer nos peurs. Laissez-moi un commentaire si vous souhaitez recevoir les informations.


Photo de couverture : Silvina Frydlewsky – Escuela de Danza ChaKaymanta

Merci à Lorna Lawrie de nous avoir fait découvrir le malambo d’Argentine

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