une jeune chienne regarde dehors par l'ouverture d'une grotte dans laquelle elle se trouve

La splendeur des émotions

Vous ai-je déjà parlé de Claudie Hunzinger ? C’est une artiste romancière qui a publié son premier livre en 1975 à l’âge de 35 ans. Mais je ne l’ai découverte que bien plus tard, en 2022 lors de la publication de « Un chien à ma table ». Ce titre, hommage à Janet Frame mais aussi aux « Vergers » de Rilke, a tout de suite attiré mon œil sur l’étal de la petite librairie de mon village. Les premiers mots du premier chapitre m’ont plongée dans un univers que je ne connaissais pas : celui des pâturages phosphorescents, des moraines à la tombée de la nuit, de la merveille des montagnes des Vosges.

Ces mots m’ont aussi embarquée dans le monde des sensations d’un corps qui vieillit, observé et accueilli par celle qui l’habite, l’autrice. Il est délicieux de sentir le monde à travers la palette sensuelle de Claudie Hunzinger. Car c’est corporellement qu’elle explore sa forêt peuplée de cerfs, ses vallées amicales, l’herbe givrée, l’aube embrumée et sa propre maison, refuge de sa pensée et de ses amours amitiés.

Réflexion sur la vieillesse

Il est rare de lire des textes qui soient tellement en accord avec l’âge de l’écrivaine. Ce livre déploie une harmonie nouvelle qui nous montre la splendeur de l’âge. Et ses difficultés aussi. Les difficultés physiques qui ne l’épargnent pas elle, son vieux compagnon et la petite chienne qu’elle recueille alors que l’animale s’est enfuie par suite de sévices odieux. Les douleurs encore, face aux souffrances engendrées par un monde qui se dégrade et dont Claudie Hunziger n’est en réalité jamais déconnectée du haut de son refuge. Les difficultés, Claudie Hunzinger et les héroïnes-narratrices de ses romans, elles connaissent bien. Mais elles les regardent d’un œil inattendu, loin de tout fatalisme.

« Quand les difficultés arrivent, elles vous demandent de vous resserrer en une boule de présence, aux aguets de tout. Elles imposent une façon de vivre très intensément. »

déclare-t-elle au micro de Eva Bester.

Face aux difficultés, intensifier sa présence

Ainsi face à l’obstacle, Claudie Hunzinger décrit le surgissement de la présence. Une embûche devient l’occasion de devenir alerte comme jamais. Un incident nous ramène pleinement et instantanément au réel, dans toute son étrangeté et dans toute sa beauté aussi. Vous comprenez certainement où je veux en venir et pourquoi j’aime citer cette écrivaine quand j’enseigne la méditation. Elle nous délivre de l’impuissance en nous montrant un phénomène paradoxal : les difficultés ne sont pas nécessairement une calamité mais peuvent être au contraire l’avant-poste d’une existence plus intense.

Face à la fatigue, devenir créative

Dans un très beau passage, à la moitié du roman, Claudie Hunzinger décrit un moment où elle ne se sent pas heureuse, la fatigue lui tombe dessus, elle en a trop fait constate-t-elle. Un dialogue intérieur s’installe alors qui la provoque en lui demandant d’imaginer qu’elle soit morte « Vas-y, imagine ça. Alors je me suis mise dans la peau d’un mort, bien pire que celle de mon corps déglingué, j’ai serré les paupières un moment, je les ai rouvertes, et autour de moi la moindre poussière avait pris l’air enchanté, les choses étaient revenues me chercher […] On aurait dit une aurore boréale en robe rose et verte. » La fatigue pourrait-elle être une bonne nouvelle ? Oui, car elle offre l’opportunité de sentir notre corps différemment : un corps si pesant et si dense qu’il nous autorise à fermer les yeux, un instant, à nous éloigner pour mieux revenir, et à découvrir à notre retour un monde changé, vivant et enchanté. « Je me souviens encore […] du sentiment inouï de gratitude éclairant toute la nuit » ajoute-t-elle dans ce passage.

Transformer les obstacles

Dans la méditation telle que je la comprends et l’enseigne, nous ne fuyons jamais. Au contraire, nous profitons de ce qui se présente là, fatigue, émotion, douleur, ennui, inquiétude ou excitation fébrile pour regarder nos sensations en face. Nous le faisons méticuleusement, jusqu’à comprendre corporellement qu’en fait, elles nous proposent une qualité d’existence nouvelle. Une manière d’être à découvrir. Par exemple, nous pouvons découvrir qu’il est possible – en avançant avec douceur et précision dans la méditation – de transformer un obstacle en source d’énergie inspirante et réparatrice.

Rien de fataliste

Mais si elle accueille les émotions et les difficultés, la méditation n’est en rien une démarche fataliste ! Le fatalisme confirme notre impuissance et nous immobilise. La méditation nous remet en mouvement de manière saine. Quand je suis angoissée, me dire que c’est comme ça et que ça passera ne fait qu’amplifier mon mal-être. Alors que si par la méditation j’explore en détail cette angoisse, son goût, sa texture, sa tonalité, j’entre alors en relation avec elle en même temps que je la différencie de moi. Je ne suis plus fusionnée avec l’angoisse car je la rencontre. Il se peut même qu’elle devienne moins effrayante et plus amicale. Comme si je serrais « les paupières un moment » pour mieux sentir ce qui est là, et que je les rouvrais sur une palette sensorielle qui a changé.


Pour mes abonné·es à la Newsletter j’ai enregistré un passage du livre « Un chien à ma table ». Si vous ne connaissez pas encore ce livre, cet audio vous donnera un petit aperçu.


J’organise deux week-ends de méditation, en mai et en juillet prochains, pour explorer nos difficultés et transformer les obstacles qui se présentent à nous. Ils ont lieu en région parisienne, dans une jolie bâtisse en pleine nature. Laissez-moi un commentaire si vous souhaitez recevoir les informations.

Partager

4 réflexions sur “La splendeur des émotions”

  1. Chère Marie-Laurence
    La découverte de Claudie Hunzinger, l’année dernière à été un véritable choc émotionnel et littéraire La manière dont tu en parles m’éclaire sur l’origine de cette joie profonde .Merci . Je peux recommander « La neige sur le pianiste » son dernier livre . Un délice de lecture avec bien sûr la thématique du viellissement sur un mode incroyablement original , de l’être animal , cette fois un renard, des Vosges, de la neige ( dont elle parle par des onomatopées réjouissantes) et de la musique. A découvrir au plus vite!
    J’aimerai m’inscrire à ton stage de mai . Dis-moi comment procéder.
    Merci pour ce mail du matin qui illumine ma journée
    Amitiés
    Florence

    1. Marie-Laurence Cattoire

      Quelle joie pour moi de te lire ce lundi matin. J’ai beaucoup aimé aussi « Il neige sur le pianiste ». Ce récit est tellement audacieux ! Je suis très heureuse à l’idée de méditer avec toi en mai. Je t’envoie les infos pour t’inscrire. À très vite 🙂

  2. Bonjour Marie-Laurence et merci pour cette belle invitation à intensifier notre présence face aux difficultés… elle arrive à point nommé comme toujours 😉
    Pourrais-tu m’en dire plus sur les deux weekends de méditation que tu organises?
    De tout cœur!

    1. Marie-Laurence Cattoire

      Bonjour Chantal,
      très heureuse de te lire. Claudie Hunzinger nous invite à un renversement de perspective que j’adore.
      Je t’envoie dans la semaine les informations par mail. As-tu téléchargé la brochure ?
      Très amicalement

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Retour en haut