À la poursuite du bonheur

Aujourd’hui en Occident, et partout dans le monde, nous vivons selon la croyance qu’une vie normale doit être une vie qui nage dans le bonheur… Nous nous sommes laissés piéger par la tyrannie du bonheur !

Si tu n’es pas heureux c’est que tu as raté ta vie !

S’ajoute à cela que ce bonheur qu’on nous promet — ou qu’on nous vend — est devenu synonyme de confort, de niveau de vie, de facilité, de tranquillité…

Mais une vie confortable, plate et tranquille est-elle vraiment une vie heureuse ? Le bonheur ne serait-il pas plutôt dans une manière d’aborder l’existence qui n’exclurait ni les difficultés du quotidien, ni les obstacles, la tristesse, les aléas, les inconforts ?

Dans son ouvrage Le piège du bonheur le Docteur Russ Harris définit le bonheur comme « le profond sentiment d’accomplir sa vie. Et même si cette vie nous procure des émotions agréables, elle n’est pas exempte d’émotions douloureuses comme la tristesse, la peur et la colère. Il n’y a rien d’étonnant à cela. Pour vivre une vie riche, il faut vivre toute la gamme des émotions humaines »

Je me suis amusée à détailler certains cadeaux que nous fait la méditation pour nous sauver de la tyrannie du bonheur ! Et comment elle nous montre un chemin vers une existence pleine et épanouie.

L’inconfort n’est pas un problème !

La méditation nous permet déjà de découvrir qu’on peut rencontrer un certain inconfort et que cela n’est aucunement un problème. Pendant une session de méditation, nous pouvons sentir une douleur, une gêne, et pour autant il n’est pas nécessaire de réagir tout de suite ou de bouger immédiatement. Nous accueillons ces gênes sans trop d’histoire, sans en « faire tout un plat» et nous découvrons alors que c’est juste la vie qui se manifeste. L’inconfort physique, l’inconfort du silence, l’inconfort d’une certaine mise à nu aussi, à laquelle nous ne sommes pas habitués… Nous apprenons à apprivoiser cela pendant la méditation, en restant dans notre posture avec notre souffle, et nous commençons à devenir moins craintif face aux inconforts éventuels de notre vie de tous les jours.

Devenir moins ignorant

Dans la méditation, on s’ouvre simplement à l’espace de la présence tel qu’il est, confortable ou pas. Et cet espace est celui de la relation. Sans présence aucune relation. Donc c’est un formidable entrainement à entrer en relation à soi, à ce que nous vivons pour de bon, aux autres, au monde, avec moins de peur. Et avec moins de préjugés aussi. Nous nous laissons surprendre par ce qui arrive, nous devenons curieux de cette présence à chaque fois neuve et différente. Nous regardons notre expérience « droit dans les yeux » te notre vision devient plus claire, plus précise. Les préjugés, c’est-à-dire les idées toutes faites que nous avons sur tout, nous font croire qu’ils peuvent nous protéger de l’inconfort ou de la douleur mais c’est tout l’inverse. Les préjugés ne sont pas le fruit de notre connaissance ou de notre intelligence mais au contraire de notre ignorance. Le bonheur c’est peut-être aussi de commencer à être moins ignorant.

Être dans la gratitude, enfin …

La méditation est une très belle manière de développer de la gratitude. Et la gratitude c’est excellent pour la santé ! Il y a un très bon livre sur le sujet écrit par Robert Emmons, La gratitude, qui s’est appuyé sur de nombreuses études sur le long cours. Par la découverte de la finesse de nos perceptions sensorielles et par les joyeuses retrouvailles avec notre vie que nous propose la méditation, nous nous relions à un sentiment de gratitude qui pourfend la jalousie ou le ressentiment. La douceur et la richesse de nos sensations, que nous prenons le temps d’accueillir et d’apprécier dans la pratique nous aident à dire merci à la vie. Juste merci d’être en vie, d’avoir un corps, de respirer. C’est très simple et très profond comme attitude.

Le tumulte émotionnel est source de vie

Enfin la méditation nous offre la possibilité d’accueillir nos émotions. Fabrice Midal dit souvent que la méditation n’est pas évitement émotionnel. L’évitement émotionnel est un vrai problème. Vouloir le calme à tout prix est un vrai problème. Au contraire la méditation est l’espace d’accueil de nos émotions, des formidables énergies qui nous traversent et nous mettent en relation aux autres êtres humains. Dans la pratique on regarde ce qui arrive sans jugement, on découvre nos états émotionnels, sans jugement, on découvre – alors que l’on ne s’en était peut-être même pas rendu compte —que nous sommes en colère, triste ou fatigué. Et cela ne pose aucun problème. On fait de la place à tout cela, on aère nos émotions, on les regarde danser, apparaître, disparaître, apparaître encore et on les observe avec la même bienveillance que celle que nous aurions pour des enfants en train de jouer dans la cour de récréation. On voit à quel point nos tumultes émotionnels sont source de vie, de couleur, de chaleur… Et comment ils peuvent nous indiquer le chemin, injustement délaissé, de notre cœur triste, irrité ou joyeux.

La méditation nous libère de l’obligation d’être heureux

Ainsi la méditation nous libère de l’obligation d’être heureux, cool, « zen ». Elle nous libère de la croyance qu’il faut nager dans le bonheur sinon notre vie est foutue. Cette pratique toute simple mais très précise de la Pleine présence nous offre de travailler avec l’inconfort de manière plus détendue ; elle nous aide à goûter la bonté des perceptions sensorielles. Elle nous permet de retrouver un rapport sain et plus humain à nos émotions.

La méditation nous évite de courir après le bonheur en nous montrant qu’il est là, devant nous, juste devant.

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This Post Has 6 Comments

  1. Regine Verdier Répondre

    Marie Laurence, Merci pour ce très bel article. Je suis souvent envahie par des émotions des peurs etc..!Vous lire m’a fais prendre conscience de l’importance de la méditation que je pratique de plus en plus régulièrement Le livre « le piège du bonheur «  me tente beaucoup. A bientôt à l’école de méditation ou je viens irrégulièrement le mercredi. Merci , avec toute mon amitié. Regine

    • Marie-Laurence Cattoire Répondre

      Merci Régine, pour ce partage et pour votre confiance. N’hésitez pas à venir me voir mercredi après l’enseignement si vous êtes là. Le livre « Le piège du bonheur » est publié en petit format chez Pocket (pas cher 😉 et pourrait vous aider en effet. Je le trouve très « déculpabilisant ». Bon week-end.

    • Marie-Laurence Cattoire Répondre

      Merci beaucoup. C’est important de rester claire et compréhensible ! Bonne soirée

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