Faire le vide ou faire de la place ?

De l’air, de l’air !

Il  arrive parfois qu’on ait l’impression de ne plus pouvoir respirer, de ne plus avoir assez d’air, de liberté, d’espace. Nous étouffons et une envie d’envoyer tout balader nous prend. Nous aimerions faire le vide autour de nous et peut-être même en nous. Solution radicale mais tentante…

Ainsi, beaucoup de personnes arrivent à la méditation en croyant qu’elles vont pouvoir faire le vide dans leur tête et enfin être libérées de leurs tracas et inquiétudes. Qu’elles vont pouvoir oublier tous leurs soucis pour un moment…

Méditer ce n’est pas faire le vide dans sa tête

Cette idée reçue génère beaucoup de déceptions. Quand on croit que méditer c’est faire le vide, on ne peut être que dépité lorsqu’on s’assoit ! On découvre en effet qu’on pense sans arrêt. On s’imagine du coup qu’on ne sait pas méditer, que ce n’est pas pour nous…

Et pourtant, lorsque l’on souhaite habiter plus librement sa maison ou son appartement, on ne jette pas forcément tout ce que l’on possède par la fenêtre pour faire le vide… En revanche on peut y faire de la place, trier, prendre soin et découvrir un nouvel espace de vie, frais, joyeux, adapté à nos attentes.

De la même manière, méditer c’est faire de la place dans son esprit et dans son corps pour mieux les habiter.

Faites de la place

Récemment j’ai rencontré une adepte du minimalisme, Regina Wong*.

Comme tout le monde j’avais déjà entendu parler du minimalisme. Ce mouvement, né aux États-Unis, interroge les dérives de la sacro-sainte société de consommation et montre comment l’on peut vivre mieux avec moins. En discutant avec Regina, qui vient de sortir un livre sur le sujet, j’ai réalisé que cette démarche ne concernait pas seulement les biens matériels. Il s’agit aussi de faire de la place dans sa vie intérieure. Trouver un nouvel espace mental, dégagé des injonctions inutiles : ces contraintes que l’on s’impose sans plus savoir pourquoi. Ces habitudes qu’on n’interroge plus. Ces pensées ruminantes qui nous font souffrir. Un métier qui ne nous apporte plus aucune satisfaction. Des relations qui ne nous nourrissent plus…

Less is more

Pour faire le tri, chez elle comme autour d’elle, Regina a un truc ! Elle se pose la question : cet objet (ce vêtement, cette émotion, cette relation, cette activité…) m’apporte-t-il de la joie ?

Cet objet m’apporte-t-il de la joie ?

Oui : je le garde, non : je m’en libère !

C’est tout simple et très efficace. Cette question de la joie nous permet de regarder avec plus d’attention notre manière de vivre, de nous habiller, d’acheter – parfois compulsivement.

Faire le tri n’est pas un sacrifice ou une privation. Il ne s’agit pas de renoncer à ce que l’on aime, bien au contraire. C’est une démarche qui peut nous aider à retrouver ce qui est essentiel pour nous.

Consommation et consolation

La consommation nous sert souvent de lot de consolation !

Je suis triste – je mange, je suis contrariée – je bois, je n’ai pas eu de chance cette semaine – je m’achète un nouveau livre, un robot ménager ou un vernis à ongle, je ne me sens pas assez bien – je me réconforte avec des nouveaux vêtements…

Mais pourquoi chercher à tout prix (au sens littéral !) à nous consoler ? Est-ce vraiment la meilleure manière de faire ? Cela ne nous empêcherait-il pas, au contraire, de voir notre vie en face, notre douleur en face. Cela ne serait-il pas un obstacle à la recherche de vrais remèdes ?

L’espace de la méditation

Que serait un vrai remède ?  Peut-être retrouver en nous une véritable aspiration, notre désir profond. Nous reconnecter à ce que nous aimerions vraiment faire de notre vie…

C’est en découvrant la méditation que j’ai découvert une possibilité de faire de la place pour l’essentiel dans ma vie. Méditer me permet « d’aérer mes pensées », de retrouver de l’air, de voir qu’il n’est pas nécessaire de m’identifier à toutes mes idées sur les choses. Je sors de la claustrophobie mentale. Je cesse d’être juste « une tête » et apprends à ré-habiter pleinement mon corps. Ce qui a également pour vertu de donner de la place à ma présence corporelle. C’est une nouvelle manière d’entrer en relation avec ma vie, avec mes amis, avec le monde.

En méditant, nous apprenons à faire plus attention à tout. Nous trouvons notre juste place et nous laissons de la place aux autres. Développer ce sens de présence et d’attention ouvre la possibilité de choisir ce qui est juste pour nous. Matériellement, spirituellement, passionnément.

Redécouvrir la beauté de la vie.

Je crois en la beauté, et la beauté apparaît lorsqu’elle cesse d’être recouverte par un tas d’accumulations diverses.

C’est ce que me disait Regina Wong lors de notre entrevue. Elle a raison. L’accumulation de pensées, de possessions, d’activités, nous empêchent de voir la beauté.

Méditer est un mouvement précieux pour désencombrer notre esprit. Pour épurer notre quotidien. Pour débarrasser notre existence de ce qui l’étouffe. Nous ralentissons. Nous retrouvons une vue claire et pouvons de nouveau mieux apprécier notre vie.

 

*Regina Wong tient un blog très populaire live well with less et organise des ateliers et des rencontres autour du minimalisme. Elle dirige la branche londonienne de The Minimalists. Son premier livre, Faites de la place vient d’être publié en France chez Belfond. Vous pouvez découvrir mon entretien avec elle dans le nouveau magazine de Sens & Santé, numéro 8, actuellement en kiosque.

 

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