Je suis celle qui vit ma vie…

Je ne pense pas forcément que tout le monde est intéressant mais je crois qu’il est entre mes mains de rendre toute rencontre intéressante. Je suis celle qui vit ma vie !

C’est par cette phrase pleine de bon sens qu’avait commencé ma rencontre avec Caroline Webb, auteur de Passer une bonne journée au bureau c’est possible. Pleine d’énergie et de sourire, Caroline sortait d’une émission de France Inter et nous nous étions retrouvées pour parler des relations humaines au travail… et ailleurs !

« Je suis celle qui vit ma vie… »  Si elle est pleine de bon sens, cette phrase est néanmoins surprenante. Dans nos journées remplies de stress et de soucis, n’aurions-nous pas tendance à négliger cette vérité première ? Nous oublions trop souvent que c’est nous qui vivons notre vie. Nous pouvons nous plaindre, nous sentir victime, nous désintéresser par fatalisme ou fatigue, il n’en reste pas moins que notre vie est entre nos mains et qu’il est toujours possible de la redécouvrir avec des yeux neufs.

Rafraîchir notre regard

C’est l’inépuisable cadeau que nous fait la méditation : rafraîchir notre regard sur la réalité. Nous nous asseyons en silence, sans rien faire. Nous prenons soin de notre existence pendant quinze ou vingt minutes.

Mais que veut dire prendre soin de notre existence ? C’est cesser de la recouvrir avec toutes sortes d’idées. C’est cesser de l’étouffer sous les couches de bavardages. C’est offrir une saine immobilité comme antidote à notre agitation continue.

Je m’assieds en silence sans bouger. Et j’attends. Au départ c’est assez abrupt. Tellement inhabituel ! Puis au bout de quelques minutes je réalise que, n’ayant rien d’autre à faire, je commence à porter davantage attention aux détails. Par exemple aux perceptions sensorielles : ce rayon de soleil qui apparaît ou au contraire ce nuage qui le voile et change l’intensité lumineuse. Ce son habituel que je n’entendais plus ou celui, insolite, qui me surprend. La température de l’air qui n’est pas exactement la même sur ma main droite que sur ma main gauche. Au fil des sessions, mon rapport avec l’environnement devient plus précis. Mon rapport avec la vie devient plus subtil, plus nuancé. Je prends goût aux infinies petites choses qui varient la saveur de mon existence. Je découvre que l’ordinaire n’est pas plat mais au contraire plein de relief.

Ouvrir la fenêtre

Le silence et l’immobilité que j’installe en méditant me permettent également de voir mon « état d’esprit » : parfois les pensées qui me traversent sont assez légères, volatiles. D’autres fois le flux des pensées est dense, opaque au point de m’empêcher de voir juste ce qu’il y a devant moi. Je découvre alors un autre rapport possible au mental : je le vois pour ce qu’il est, un filtre plus ou moins transparent sur la réalité telle qu’elle est. Ce n’est ni bien, ni mal, mais j’évite de le confondre systématiquement avec la vérité. Mes pensées ne constituent qu’un des nombreux éléments de la situation.

Un peu d’espace entre alors dans mon quotidien. Et je peux le voir, le sentir justement parce que je me suis arrêtée. Impossible de trouver de l’espace si je continue à courir en tous sens, là où le devoir, le travail, les injonctions m’appellent sans arrêt. N’importe où.

À chaque fois que je médite, c’est comme si j’ouvrais la fenêtre pour retrouver un peu d’air frais.

Notre présence vibrante et chaleureuse

Ainsi, en nous posant, nous reprenons contact avec notre vie, profondément. Nous retrouvons notre présence corporelle. Une présence vivante, vibrante, chaleureuse, tremblante, inquiète, dense ou légère… En accordant droit à cette présence du corps, en reconnaissant ses qualités, nous retrouvons une manière d’être là pour de bon. C’est très simple et très soulagent de savoir qu’il est possible d’être vraiment là.

Là, ici et maintenant, pleinement.

« La tête libre être présent » écrit Georges Braque dans son recueil  d’aphorismes Le jour et la nuit. Nous nous libérons de la forte emprise du mental. Nous découvrons notre présence corporelle, pétrie de sensibilité, d’intuition, d’une véritable intelligence. Une forme d’intelligence dont nous faisons peu souvent cas et qui pourtant est notre seul ancrage possible au réel.

La curiosité est un très joli défaut

La méditation est un merveilleux point de départ pour me rappeler que je suis celle qui vit ma vie. Et qu’il m’appartient de la rendre intéressante. Elle offre aussi la possibilité de rencontrer l’autre de manière plus juste.

Grâce à l’attention développée dans la méditation, je peux changer mon regard sur la personne que je rencontre. Je deviens plus curieuse. C’est un excellent exercice à faire quand on s’ennuie. La méditation nous apprend – entre autres –  à ne plus avoir peur de l’ennui ! Au lieu de bailler aux corneilles ou de vouloir être ailleurs, j’observe avec  intérêt, j’écoute plus finement. Je cherche les signes constructifs dans la conversation, dans l’attitude. Cela me rend plus humaine et je sens que cela apaise la personne en face de moi. Cela m’est d’une grande aide dans mon quotidien professionnel.

Je vous souhaite une très belle année, qui vous permette de vivre votre vie.

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