S’arrêter pour découvrir notre vie

J’ai déjà parlé de mon goût pour les moments vides. Ceux que nous fuyons sans même nous en rendre compte, de peur de nous ennuyer. Tellement habitué.e.s que nous sommes à bouger, à nous activer, à faire.

Quand, soudain, un moment vide apparaît, croyant imiter la nature, nous le remplissons bien vite. Sans avoir pris le temps de goûter cet espace. Quand, soudain, un creux se dessine dans la linéarité de nos journées, nous détournons le regard, croyant y voir un défaut d’emploi du temps.

La vérité du corps

Ce sont pourtant ces courts instants de rupture qui nous rappellent que nous sommes vivantes, vivants. Si, au lieu de les ignorer, nous leur faisons face, nous avons alors une occasion très simple d’habiter plus pleinement notre existence. Hors de nos réflexes agités, durant quelques secondes, nous habitons notre vie.

Mais que veut dire habiter notre vie ? C’est revenir à la présence corporelle. C’est-à-dire que nous sortons de notre tête pour retrouver un corps vivant, sensuel, douloureux, charnel, charmant et vrai. Nous sortons de nos idées, de nos concepts, pour goûter une unité première qui donne de la chair à notre corps. Notre corps est tellement vrai. Et cette vérité de la présence corporelle nous plonge dans la vérité de l’instant.

La vérité de notre présence corporelle nous plonge dans la vérité du monde

Nous pouvons avoir de la considération pour ces moments où, apparemment, rien ne se passe. Car ces micro-moments d’incertitude, ne serait-ce pas le monde qui, malgré toutes nos occupations, trouve un moyen de nous dire
« Coucou, je suis là. Juste devant toi. Tu te rappelles ? »

Immobile face au monde

J’aime beaucoup les photos qui nous montrent un être immobile, posé face à la vitesse de nos sociétés. Il y a une véritable force qui se dégage de cette attitude. Un ancrage solide et poétique se manifeste alors. Comme sur cette série de photos de Fabrizio Verrechia que j’ai choisie pour illustrer l’article.

Coucou, je suis là. Juste devant toi. Tu te rappelles ?

Une femme de dos face au métro parisien qui défile devant elle
Photo © Fabrizio Verrechia

Supporter sa liberté

Dernièrement je relisais le très beau livre de Chantal Thomas « Comment supporter sa liberté » et j’y ai retrouvé ces mots qui définissent avec grâce ces moments de rien qui nous plongent dans le réel.

« Ces moments pour rien surgissent dans les emplois du temps les plus serrés, les existences les plus occupées. On est ému soudain, pris de vertige, projeté dans un temps d’avant le temps, sur une plage d’éternité. Une musique nous accompagne. On se voit jouer dans un film palpitant, et ce film, c’est notre vie […] On se détourne, désorienté, apeuré, pour reprendre la suite de nos activités. Pourtant, ces moments indéfinis, ces stridences inexplicables sont peut-être ce par quoi nous nous appartenons le mieux, ou du moins ce qui nous permet de continuer d’exister. Par curiosité. Par plaisir. »

Un homme de dos se grattant la tête en regardant passer le métro parisien
Photo © Fabrizio Verrechia

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This Post Has 2 Comments

    • Marie-Laurence Cattoire Répondre

      Merci beaucoup Fabienne. N’hésitez à me dire sur quel sujet vous aimeriez que j’écrive. Bon dimanche

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